
Le tapis turkmène
Asie centrale. Un rouge, une géométrie, un motif — le gul — répété avec une rigueur qui identifie la tribu au premier coup d'œil.
- Turkménistan, Afghanistan
- Nœud asymétrique
- Laine sur laine
- 100 à 400 000 nœuds/m²
Le tapis turkmène est le plus monochrome des tapis d'Orient : un rouge dominant — brique, garance, aubergine selon la tribu — sur lequel se répète un motif octogonal appelé gul, en rangées régulières.
Chaque tribu a son gul. Le Tekke, petit et très régulier, quartelé par deux axes ; le Yomoud, plus allongé et crocheté ; l'Ersari, plus grand et plus lâche ; le Saryk, sombre, presque brun. Un œil exercé identifie la tribu au gul avant même de regarder le dos.
Ces tapis sont nourris par une laine très grasse, à fibre courte, qui donne un velours dense et un toucher soyeux. Ce sont aussi les tapis qui souffrent le plus des lavages agressifs : le rouge de garance migre facilement sur les ivoires.

Quatre repères
Le gul
Motif octogonal répété en rangées ; sa forme donne la tribu.
La palette
Un rouge dominant, avec de l'ivoire, du bleu nuit et du brun.
La laine
Grasse, courte, très dense sous le doigt.
La finition
Souvent un kilim tissé aux deux extrémités, parfois brodé.
Ce que cette famille demande
Trois vues du travail que ces pièces appellent le plus souvent.



Ce que cette famille demande
Le test de solidité des couleurs est ici obligatoire, sans exception : le rouge migre. La reprise du velours demande une laine très grasse, faute de quoi la zone reprise reste mate au milieu d'un tapis brillant.
Entretenir, et savoir ce que cela vaut
Deux questions qui reviennent à chaque fois qu'une pièce de cette famille arrive à l'atelier.
L'entretien de cette famille
Le turkmène est dense, mince et lourd, avec un velours ras noué très serré. Il sèche lentement et se déforme facilement s'il n'est pas mis à plat : c'est la famille où le séchage sous tension est le plus utile. Son rouge profond, obtenu à la garance sur laine, est en général très solide, mais les rehauts foncés — brun-noir obtenus au fer — sont corrosifs et s'usent plus vite que le reste : sur une pièce ancienne, les contours du gül sont souvent creusés d'un millimètre. On ne corrige pas cela, on le stabilise.
Ce qui fait sa valeur
Le marché du turkmène est un marché de spécialistes, et il distingue nettement les pièces d'avant 1880 — Tekke, Salor, Saryk, Yomoud — du reste. Une pièce ancienne à laine soyeuse et gül régulier atteint des prix sans rapport avec ceux d'un « Boukhara » commercial du Pakistan, qui en reprend pourtant le dessin exact. Les accessoires tribaux, sacs de tente, torba et djoval, sont recherchés au même titre que les tapis, parfois davantage.
Sur cette famille
Le motif octogonal répété qui structure le champ. Sa forme est propre à chaque tribu, ce qui en fait le premier élément d'identification.
Le nom vient de la ville où ces tapis se vendaient, pas d'où ils se tissaient. Aujourd'hui, un tapis vendu comme Boukhara vient neuf fois sur dix du Pakistan.
La teinture au fer, employée pour les bruns foncés, attaque lentement la fibre. C'est un phénomène connu, irréversible, et qui n'est pas un défaut de fabrication.
Les autres familles
Faites d'abord établir le diagnostic
Il est gratuit, il n'engage à rien, et il vous dira exactement ce que votre tapis demande — y compris quand la réponse est « rien pour l'instant ».